Trop souvent, nous sommes dans une posture de résistance par rapport aux circonstances qui nous concernent. Soit nous désirons plus de quelque chose que nous n’avons pas (plus d’argent, une relation amoureuse saine, plus de cheveux, …) , soit nous souhaiterions ne pas avoir quelque chose que nous avons (du surpoids, une maladie, une addiction, …)

Or, il y a une vérité universelle :
À tout moment, les choses sont telles qu’elles sont. Point à la ligne.
Attention, cela ne veut pas dire que la situation est idéale, qu’il ne faut rien faire. Mais le prérequis à une action réfléchie et constructive, c’est l’acceptation de la situation telle qu’elle est. Alors seulement, nous pouvons agir en pleine conscience en fonction d’un objectif précis.
Le 6 mai 2015, j’étais copilote d’un Airbus A318 reliant Paris CDG à Brest. Vers le milieu du vol, l’équipage commercial nous a informé de la présence de fumée en cabine. Immédiatement, le commandant de bord et moi-même nous sommes équipés de notre masque à oxygène, et nous avons annoncé une descente d’urgence au contrôle aérien. Nous leur avons rapidement fait part de notre intention de nous poser à Rennes dont nous étions proches.

J’ai appliqué la check-list en vigueur dans une telle situation, puis il me fallait reprogrammer l’ordinateur de bord de l’avion en vue de l’atterrissage. Cette tâche, je l’avais réalisée des milliers de fois dans ma carrière. Et là, pendant une durée que j’estime à 10 ou 20 secondes, je me suis retrouvé comme une poule devant un couteau. Je ne savais pas sur quelle touche appuyer. Et je me souviens qu’à ce moment, une voix dans ma tête répétait en boucle « Non, pas ça, non, pas ça ! » Parce qu’un feu non maîtrisé à bord d’un avion, c’est une quinzaine de minutes d’espérance de vie.
Et puis cette voix a disparu, j’ai retrouvé mes esprit et rempli mon rôle avec succès. Nous avons atterri en sécurité 13 minutes après le début de l’incident. Et une fois au sol, les systèmes de bord nous ont indiqué une surchauffe sur un groupe de climatisation de l’avion. Il n’y avait pas de feu, juste de la fumée provoquée par un palier qui avait serré autour d’un axe. Mais le doute quant à l’origine de la fumée nous a amené à prendre la décision de nous poser immédiatement.

Dans cette situation, tant que j’étais dans une posture de résistance et de déni relative à la situation (« Non, pas ça, non, pas ça ! »), j’étais incapable d’y apporter une solution car je n’avais aucune disponibilité cognitive. Mon Système 2 était inopérant. C’est l’acceptation de la situation (« Cela nous arrive bel et bien, nous avons été entrainés à répondre à ce type de situation, nous serons posés rapidement. ») qui m’a permis de sortir de ma torpeur.
À ce stade, une question vous taraude peut-être : peut-on développer cette capacité d’acceptation ? Et la réponse est oui, nous pouvons apprendre. Nous avons la possibilité de nous entrainer en passant par le corps. Car s’entraîner à accepter un ressenti physique désagréable va avoir un impact sur notre capacité psychologique d’acceptation. Concrètement ? Personnellement, je termine ma douche matinale par 30 secondes à 2 minutes d’eau froide, sauf les quelques fois dans l’année où je me sens un peu faiblard. Chiche ?
